04/09/2008

D'une femme "debout"

Nous avons reçu le texte suivant en commentaire sur l’article « de fauteuil à fauteuil (réponse) » (catégorie "pensées")

Il m’a semblé utile de le faire apparaître « en grand », c’est le témoignage d’une femme valide et son regard sur les personnes en fauteuil, merci à elle d’intervenir ici et d'avoir ce regard. Vous pouvez lui répondre je pense qu'elle repassera et que ça lui fera plaisir.

Le webmaster

 

Je suis une femme debout... et je lis ici...

Il y a toujours eu autour de moi des femmes handicapées. Une grand-tante, la hanche tordue par la poliomyélite, qui marchait entre deux cannes en traînant un pied. Elle ne s'est jamais mariée. De toute sa fratrie, c'est la seule qui a fait un peu d'études... pour avoir un métier. Les autres sont tous devenus paysans (attention aucune connotation péjorative dans ce mot paysan mais un immense respect) et mon grand-père lui est devenu boulanger.

Du côté de ma mère j'avais une cousine que je n'ai pas bien connue. J'ai du la voir deux ou trois fois dans ma vie (polio aussi) Puis au lycée, une fille de ma classe, poliomyélite aussi, encore plus atteinte que ma grand-tante. Cette fille avait peu de copines. Je faisais partie de ses copines. Peut-être que d'avoir côtoyé une femme handicapée depuis ma plus tendre enfance, faisait que mon regard n'était ni compatissant, ni effrayé. Juste un regard ordinaire. Je l'ai perdu de vue après le bac. Elle s'appelle Servanne.

Et puis maintenant, une belle-sœur, qui vit dans le Gard aussi. J'étais chez elle il y a quinze jours. C'était la première fois que j'allais chez elle depuis qu'elle est en fauteuil. Je l'avais vue certes mais dans le cadre de repas familiaux, ici où j'habite, dans l'ouest de la France.

Elle parle beaucoup de son handicap, de son isolement, mais aussi de tous ses combats, et de toutes ses joies. Mère de famille de trois enfants (deux de partis, la petite dernière à la maison)

Epouse elle m'a dit très simplement que pour faire l'amour ils faisaient "autrement", compagne attentive.

Toujours un travail de couture en cours elle est très minutieuse et si ses jambes ne fonctionnent plus, elle a la chance de pouvoir utiliser ses mains. La couture est son "hobby" préféré, elle fait de très jolies choses.

Elle prend le temps, de temps en temps, de désherber son jardin, pas facile mais elle y arrive, conduit sa voiture pour aller faire ses courses, se maquille tous les matins, se bijoute, parce que c'est pas une raison pour ne pas se montrer jolie. Sa maison est nickel, et je n'ai pas entendu dire qu'elle avait une aide-ménagère !!!

Je sais qu'elle a des jours "sans", des jours où tout ne va plus mais ce que je retiens c'est que c'est une Femme et que pendant ce court séjour, j'ai oublié souvent qu'elle était assise sur un fauteuil roulant (parce que certaines personnes ont un tel caractère que l'on ne voit pas leur handicap).

Et moi debout, du haut de mes deux jambes, j'ai pris une grande leçon d'humilité, une très grande leçon d'humilité.

J'espère que la lecture de mon commentaire ne va pas déranger. Les pensées sont parfois bien difficiles à exprimer. Mr Le Webmaster n'est pas obligé de publier si il a quelques réserves.

 

Annick ouest de la France

21:29 Publié dans Texte libre | Commentaires (5) |  Facebook

Commentaires

Annick, votre regard ni ne me dérange, ni ne métonne.
Du temps que je n'étais pas encore en fauteuil et que je n'avais même aucune idée de ce que reprèsentait le handicap, n'ayant jamais cotoyé cette situation dans mon entourage, j'ai eu l'occasion de réaliser ce que vous exprimez. Le handicap ne masque en aucun cas la personne qui en est atteinte. C'était en voyant un film dont j'ai oublié le titre. Le personnage principal était un grand handicapé, amputé des deux jambes , avec des bras tordus etc...Cela se passait dans le désert. Ce que j'ai retenu, c'est qu'en quelques instants,après le choc du début, j'ai complètement oublié le handicap de cet homme pour ne voir que sa personnalité. Et depuis je n'ai jamais oublié cette expérience.

Une question me taraude : pourquoi est-ce une leçon d'humilité ?

De découvrir l'autre dans sa différence c'est le propre de la vie. Avancer dans l'inconnu. Peu à peu laisser tomber ses certitudes.

Une leçon de vie, oui. Mais pourquoi une leçon d'humilité ?
On n'est pas plus humain avec ou sans jambes

Écrit par : Claire | 05/09/2008

Humilité.
J'ai pris mon dictionnaire et j'ai regardé la définition.
Ce n'est effectivement pas le mot approprié.

Leçon de vie. Oui ! C'est le mot juste.

Écrit par : Annick | 06/09/2008

Pour avoir toujours été différentes physiquement, enfant, le regard des autres m’a souvent dérangé, blessé.
Avec l’âge, je ne voie plus ce regard comme une agression. Au contraire, je vais au devant de celle ou celui qui regarde. Encore plus quand c’est un enfant, et je cherche le rapprochement par la parole.
Ce n’est pas moi que ces personnes regardent, c’est la peur de ce qu’ils pourraient être.
L’enfant c’est l’innocence, il veut simplement savoir, comprendre, et il doit avoir les réponses à ses questions, sans tabous, sans gêne.
Alors, parler, et parler encore, non pas de ce qui fait ma différence mais de ce qui ne la fait pas.
Sourire pour amener le sourire. Courage pour en donner à ceux qui en ont encore plus besoin que moi.
Mais parfois, de temps en temps, à un moment donné, j’aimerai pouvoir baisser les bras, juste un instant, et que ceux qui m’entourent se souviennent et ramènent de quelques degrés en moins, leurs exigences.

L. PERSILLET
OU LISETTE

Écrit par : lisette | 07/09/2008

Ma bichette,

Baisse les bras si tu en as envie, on ne t'en aimera pas moins.
Tu peux même baisser la tête. Je suis sûr que l'un de nous viendra alors glisser un baiser sur ton front.

Je peux te garantir que ta tête elle se relèvera, avec ou sans nous. Pour les bras, je ne sais pas : un accident de fauteuil est si vite arrivé!

T'inquiète, nous non plus on n'est pas des robots.

bise amicale

Écrit par : claude | 07/09/2008

J'aime votre blog, très vivant, très sensible à ce que vivent et pensent les auteurs des rubriques; nous en avons créé un en Essonne, et le votre me donne plein d'idées : j'espère que nos contributeurs seront aussi chaleureux et créatifs que les votres
Bon courage à tous
Martine Colmant
conseillère départementale du 91 et mère de deux jeunes adultes handicapés.

Écrit par : colmant | 12/10/2008

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